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07 Oct

Entretien avec Fadette Drouard, scénariste

Originaire de Lille, Fadette a écrit le film « Patients » avec Grand Corps Malade, ce qui lui vaut une nomination aux César. Rencontre avec une passionnée du cinéma.

Il y a quelques semaines sortait le film « Le Dindon » . Une comédie française réalisée par Jalil Lespert, avec Dany Boon, Guillaume Gallienne, Alice Pol, Laure Calamy, Ahmed Sylla et Camille Lellouche. Mais celle que vous ne voyez pas, c’est la scénariste Fadette Drouard.

Elle a également écrit le film « Patients » avec Grand Corps Malade, qui lui a valu une nomination aux César dans la catégorie « meilleure adaptation » en 2018. Rencontre avec l’auteure de cinéma que tout le monde s’arrache !

Commençons par ton parcours

J’ai toujours été une bonne élève, enfin, je crois. Et quand je suis arrivée en première, j’ai hésité entre deux orientations : médecine obstétrique ou journalisme de cinéma. Les profs et le reste du monde m’ont dit  » Fais médecine, tu verras après « . Même si la première année de médecine m’a passionnée, j’ai compris que ce n’était pas ma place. Alors je suis partie en médiation culturelle et communication à Lille. Je me suis dit que pour être journaliste cinéma il valait mieux savoir de quoi on parlait, et que pour l’instant, tout ce que je savais c’est que j’aimais le cinéma. J’ai continué mes études à Lille 3 en filmologie, et en parallèle je suis entrée à Nord éclair et j’ai vite eu la charge de la rubrique cinéma. J’étais journaliste cinéma, heureuse, et je le suis restée pendant plus de 10 ans. 

Fadette Drouard Scénariste au 31e Festival du film romantique de Cabourg le 15 juin 2017
Fadette Drouard – 31e Festival du film romantique de Cabourg le 15 juin 2017.
© Coadic Guirec/Bestimage

Comment es-tu devenue scénariste ?

Je ne me suis pas rendu compte que je devenais scénariste. J’étais très heureuse en journaliste cinéma, et j’adorais mon métier. Au hasard d’une interview, j’ai rencontré Ramzy Bedia et on a pas mal discuté cinéma. Au fil des discussions on a parlé d’un film qu’il essayait d’écrire, sans y parvenir. Je lui ai suggéré quelques phrases, il m’a dit « Ok, ça marche, mais ça donnerait quoi en pratique? ». Il s’est arrangé pour me mettre le clavier dans les mains, je ne l’ai plus lâché… Mais j’ai mis du temps à me dire que j’étais scénariste.

En quoi consiste le métier de scénariste ? 

Il faut imaginer tout ce qu’on va voir à l’écran, et une partie de la mise en scène aussi. On écrit des images. Alors oui, il y a la narration, mais aussi les personnages, les décors, les costumes, les dialogues, les circulations des uns et des autres. 

Je n’ai pas vraiment de méthode, et ça dépend aussi de la personne avec qui j’écris, et si elle existe. Bref, j’écris parfois seule, parfois non. Et comme j’aime commencer une écriture en me posant toutes les questions, parfois je parle à mon co-auteur, parfois toute seule, ou à mes chats. C’est un peu étrange la tête d’un scénariste. 

Qu’est-ce que tu aimes dans ton  métier ?

J’aime tout en fait. Me poser les questions, savoir de quoi je pars, construire les personnages, les habiller, les faire parler, construire leur univers, le terrain de jeu. Et après les mettre en marche, leur lancer des obstacles, des paquets cadeaux… C’est un peu comme jouer aux Sims, finalement. 

Pour toi, qu’est-ce qu’un bon scénario ? 

C’est un scénario qui fait déjà naître un film quand on le lit. Et dont les personnages, s’ils peuvent être paradoxaux, sont aussi cohérents. Je fais aussi particulièrement attention à installer un peu d’imagerie dedans, et à ce que l’écriture soit fluide, parce qu’un bon scénario c’est aussi un scénario qui se lit bien, qui ne tombe pas des mains, qui ne fatigue pas son lecteur. 

Comment a débuté l’aventure pour le film « Patients » ? 

J’ai rencontré le manager de Fabien au gré d’une soirée. Il m’a dit au bout d’un moment « Mais toi, t’es auteur? ». J’avais à peine écrit « Hibou », j’ai dû répondre une connerie. Ça ne l’a pas arrêté, il m’a dit « Non parce que vaguement, on se disait que peut-être, on pouvait éventuellement faire un film du bouquin de Fabien ». J’ai répondu que ça se discutait. Ça tombait bien, c’était l’été, et l’époque des déjeuners en terrasse. On s’est vus avec Fabien, on a tout de suite vu qu’on pouvait s’entendre. Et on s’est dit qu’on allait voir ce qu’on pouvait faire. On s’est lancés, à un moment où lui avait un trou dans sa tournée et moi le temps. On a écrit en deux mois. Nos premiers lecteurs ont été nos producteurs. Les étoiles étaient bien alignées. 

Et pour le film « Le Dindon » ?

Je travaillais sur une série avec Guillaume Gallienne, que Jalil Lespert a contacté pour ce projet dingue d’adaptation. Ça s’est fait tout naturellement, en fait, ce trio. On s’est rendu compte qu’on était assez complémentaires, qu’on s’aimait assez pour s’engueuler sur un scénario et passer beaucoup de temps à se creuser la tête ensemble. Pour l’après… j’attends de voir, je te dirais !

Après ta nomination aux César en 2018, j’imagine que tu es devenue une scénariste très demandée ! Sur combien de projets travailles-tu en même temps ?

Quelques uns… Disons 5-6 pour le cinéma, et deux séries télé. C’est beaucoup, mais ils ne sont pas tous au même moment de développement, donc ils n’ont pas tous les mêmes besoins d’attention. Par contre ils sont tous dans ma tête en permanence, un peu comme des logiciels qui tourneraient en fond, avec des notifications push de temps en temps, et qu’on appellerait en avant quand on veut les regarder plus en détail. Ouais, c’est vraiment étrange, la tête d’un scénariste. 

Des futurs projets ? 

Plein! Des choses qui doivent se tourner l’an prochain, avec Depardieu, un autre au Pérou, un autre à New York, des choses en anglais, en français, dans tous les genres y compris la science-fiction. Et oui deux gros morceaux, une série adaptée de « À la recherche du temps perdu » avec Guillaume Galienne, et une autre, que j’ai créée, et du coup placée au pied de mon immeuble, à Roubaix. C’est plus simple, il faut être très tôt sur les tournages… (rires)

Des conseils pour ceux qui veulent se lancer dans ce métier ?

Je serai bien en peine de donner des conseils comme ça, au débotté. Peut-être deux choses, assez naturelles : ingurgiter TOUS les films et TOUTES les images sur lesquelles on peut poser les yeux, et on a de la chance, on vit dans une époque où elles sont assez accessibles… Et relire les pionniers de notre métier : les raconteurs d’histoires. Les contes, les mythologies, les textes classiques, de Molière, à Racine, en passant par Marivaux, Wilde, Shakespeare. On n’a toujours pas fait mieux, je trouve. 

En quoi une plateforme comme KastingKafé peut être impactant pour une scénariste ? 

Scénariste c’est un métier solitaire, alors rencontrer du monde, pouvoir échanger, c’est toujours difficile, heureusement qu’il y a les internets ! (ouais, je suis jeune, je dis les internets)

La question des internautes

Que signifie ton tatouage sur le bras « N’importe quoi » ?

Je l’ai fait quand je suis partie à New York pour écrire un film. C’était une drôle de période où le téléphone sonnait sans arrêt, il y avait le million d’entrées pour le film « Patients », les César. L’idée c’est de se rappeler que tout, ça, au final, c’est « N’importe quoi ». Genre moi, Fadette Drouard, née dans le Nord, je fais du cinéma, j’ai un imdb, je suis « dans le cinéma ». Cela ne veut pas dire que je fais n’importe quoi, pas du tout. Cela veut dire qu’il faut faire les choses sérieusement, mais que ce serait dangereux d’oublier ce leitmotiv et de se prendre au sérieux… 

Son actualité :

  • Le film « Le Dindon » toujours au cinéma en Belgique et en France.
  • Prochaine sortie : « Papicha » sortie en salle le 9 octobre 2019. Scénario en collaboration avec Mounia Meddour. Le film représentera l’Algérie pour les Oscars 2020.

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